Brumes, la poésie comme un pays secret
- Editions Mikanda
- il y a 5 jours
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Il existe des livres qui se lisent. D'autres qui se traversent. Brumes appartient à cette seconde famille. C'est un livre qui demande moins d'être compris que d'être habité.
Derrière ce recueil se cache une autrice dont personne ne connaît le visage. Sur X, ils sont pourtant plus de cinq mille à suivre ses textes, ses éclats de nuit, ses fragments d'amour, ses paysages intérieurs. Là-bas, elle signe simplement Marjorie L. C. Un nom de plume devenu un refuge, une manière de laisser les poèmes parler avant la personne qui les écrit.
Cette disparition volontaire n'a rien d'un jeu. Elle est un geste littéraire. Dans une époque où l'auteur est souvent sommé de se montrer, de raconter sa vie, de fabriquer son personnage public, Brumes choisit le contraire : elle se retire pour laisser toute la lumière aux mots.
Et quels mots.
Au fil des pages, le lecteur découvre une poésie qui n'a pas peur de la simplicité. Une langue limpide, musicale, où chaque image semble naître d'un souvenir plus ancien que nous. Ici, la mer revient comme une mémoire. Le vent devient une voix. Les maisons abandonnées continuent d'abriter les fantômes de ceux qui ont aimé.
« Nous vivrons dans une maison abandonné eau bord de l'océan... Nous écouterons les vagues s'écraser contre les rochers. »
On pense parfois à la douceur de Christian Bobin, à la musicalité de Pablo Neruda, aux paysages intérieurs d'Anna de Noailles. Pourtant, Marjorie ne ressemble véritablement à personne. Son écriture avance avec une lenteur assumée, comme une marche dans le brouillard où chaque pas révèle un nouveau paysage.
Le grand sujet de ce livre est évidemment l'amour. Mais un amour débarrassé des déclarations faciles. Ici, aimer signifie attendre, voyager, perdre, recommencer, écouter le silence, inventer des pays où l'autre pourra enfin habiter.
« On rêvera de Venise en se jurant de ne jamais y aller... Nous nous aimerons jusqu'àl a fin du monde. Et nous sommes le monde. »
Cette poésie est aussi profondément habitée par les paysages. L'Écosse, Venise, Dakar, les dunes de Lompoul, les falaises, les oliviers, les baobabs... Le monde entier semble traverser ces pages. Pourtant, ces lieux ne sont jamais de simples décors : ils deviennent des états de l'âme.
L'Afrique, elle aussi, apparaît avec une délicatesse rare. Non pas comme un motif folklorique, mais comme une respiration profonde, une mémoire vivante.
« Les mots viennent de plus loin que toi. Tes mots sont des voyages...Et je respire le soleil, ce soleil qui n'existe qu'en Afrique. »
Ce qui frappe également dans Brumes, c'est sa musicalité. Beaucoup de poèmes semblent écrits pour être dits à voix haute. Ils avancent comme une mélodie, une respiration, parfois même comme une chanson.
« Écoute la chanson de mon âme... Laisse ma mélodie t'imprégner d'un esprit de quiétude. »
Mais réduire ce livre à un recueil amoureux serait une erreur. Derrière les déclarations se cache une réflexion sur l'absence, la mémoire, la solitude, les frontières, les blessures invisibles et cette manière qu'a la poésie de sauver ce que le temps détruit.
Le poème Irrévérence, par exemple, fait entendre une voix engagée, presque insurrectionnelle, où l'amour rejoint la liberté :
« Tu savais crier la rage pour ceux qui se taisaient... Guerrier poète des vents contraires, tu n'étais que porteur de rêves. »
C'est sans doute là que réside la plus grande réussite de Brumes. Sous une apparente douceur, le livre parle d'une humanité fragile, inquiète, toujours en quête d'un lieu où déposer son cœur.
On referme ce recueil avec la sensation d'avoir marché longtemps dans un brouillard lumineux. Les contours demeurent flous, mais quelque chose s'est éclairci en nous.
Peut-être est-ce cela, finalement, la poésie. Non pas expliquer le monde. Le rendre à nouveau habitable.
Les Éditions Mikanda sont heureuses d'accueillir cette voix singulière dans leur catalogue. Derrière le mystère de Brumes se révèle une écriture d'une rare sensibilité, capable de toucher aussi bien les lecteurs de poésie contemporaine que celles et ceux qui pensent ne plus lire de poésie.
Ouvrez ce livre. Laissez la brume vous envelopper. Vous en ressortirez différent.

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